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◈ Bélier (du 21/03 au 19/04, sésame ouvre-toi, t'as pas le choix de toute façon)
Toutes les portes s'ouvrent à vous.

◈ Taureau (du 20/04 au 20/05, le voisin du voisin Totaureau)
Finie la colère constante. La mode du rouge s'arrête cette année. Pour le meilleur & pour le pire.

◈ Gémeaux (du 21/05 au 20/06, parce que "jumeaux" c'est trop mainstream)
Vous cherchez désespérément votre âme soeur. Tentez le frère cette-fois.

◈ Cancer (du 21/06 au 22/07, signe en constante augmentation sur les Internets)
La compétition met vos nerfs à rude épreuve. Bon pour vous : L'isolation. Thermique de préférence.

◈ Lion (du 23/07 au 23/08, mais certains sont plutôt de la catégorie mouton)
Leader incontesté de l'horoscope game, la vérité éclate. Votre moitié fait tout & vous vous la coulez douce.

◈ Vierge (du 24/08 au 22/09, & les étoiles entre elles ne parlent que de toi)
& si vous ne vous appelez pas Marie, la Lune se fait un monologue depuis un bon bout d'temps.

◈ Balance (du 23/09 au 22/10, à vos risques & périls)
Ennemi des régimes. Vous êtes en perpétuelle cavale. Vous ne faites pourtant que votre devoir : Dire la vérité.

◈ Scorpion (du 23/10 au 21/11, moins de piquant qu'une sauce salsa)
Jeu de mains, jeu de vilains. Donc vous mettez des coups de pieds. Malin.

◈ Sagittaire (du 22/11 au 21/12, à quelques jours près vous aviez Noël à votre anniversaire)
Même pas Halloween pour se consoler. Au moins, vous gardez la ligne. Ou vous noyez votre peine dans la nourriture peu importe la période de l'année.

◈ Capricorne (du 22/12 au 19/01, on préfère le Caprisun mais c'est pas grave)
Big up au Danao, Sunny Delight, Caraibos, Tropicana. Tous sauf vous.

◈ Verseau (du 20/01 au 19/02, combo ultime étant d'être né le 14 février & être célibataire)
Mieux vaut être seul que mal accompagné. Mais c'est cool d'être bien accompagné quand même. Ou d'être né un autre jour que le 14 février. Au choix.

◈ Poissons (du 20/02 au 20/03, mais la mémoire d'un éléphant malgré la croyance populaire)
Life in plastic, it's fantastic. Sauf pour vous. & votre habitat. & vos congénères. & votre survie. & la planète entière d'ailleurs.
#510879
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Il existe mille et une légendes, et il y a mille et une personnes pour les démentir. Mais il y en a une que nul homme ne peut ignorer, celle de l’Ankou. Dernier mort de l’année précédente, il se charge d’emmener les morts jusqu’au paradis. Mais prenez-garde, l’Ankou peut se montrer moins impartial qu’il n’en a l’air.


A 19 ans, Rucanne n’avait plus rien. Une terrible guerre avait eu lieu dans le pays et les soldats avaient traversé le terrain de ses parents sur leur route. Ses parents avaient été tués en essayant de défendre leurs possessions, et le champ avait été brûlé. Quant à ses frères, ils les avaient emportés avec eux pour les enrôler de force. Seul l’instinct et les jambes du jeune homme lui avaient permis d’échapper à ce triste destin.
Rucanne n’avait donc plus rien. Et il errait là, de village en village, en fuyant la guerre et ses tourments. Au vingt-troisième jour de son errance, épuisé et affamé, il s’effondra sur le sol boueux de la campagne. Quelle ne fut sa surprise à son réveil en découvrant deux jeunes visages féminins penchés sur lui.
La première jeune femme, répondant au nom de Friea, lui apprit qu’il se trouvait sur le terrain de son père. Ce dernier n’était pas encore au courant, mais elle était certaine qu’il accepterait de le laisser rester encore un peu chez eux.
Elle avait un joli rire et un visage encore marqué par l’innocence de l’enfance. Ses yeux bruns semblaient respirer la joie et la curiosité. Le contraste était frappant en comparaison de ceux de sa sœur derrière elle : Elle montrait les signes d’une certaine appréhension, avec son regard fuyant et ses mains derrière son dos. Mais quand Rucanne parvint enfin à accrocher son regard, de longs frissons parcoururent son échine.
Elle était la plus jolie femme qu’il avait pu voir de toute sa vie. Son visage avait des traits fins et délicats, digne d’une œuvre d’art. Ses mains semblaient si douces et fragiles, qu’il en aurait peur de simplement les effleurer. Un léger parfum émanait de sa chevelure dorée à chacun de ses mouvements. Et quand elle répondit à son regard par un petit sourire, il se sentit fondre.
Elle s’appelait Silène.

***
Les mois qui suivirent furent doux et agréables. Manquant cruellement de mains pour labourer la terre, le père de Silène et Friea accepta Rucanne les bras grands ouverts. Ils étaient exigeants dans le travail, mais leur compagnie était plaisante et le jeune homme se sentit rapidement à sa place. Pendant la journée, il restait avec Friea et son père pour travailler les champs, tandis que Silène et sa mère s’occupaient de vendre le produit de leur récolte ou de préparer le repas.

Ce n’était pas un quotidien extraordinaire, mais Rucanne n’en demandait pas plus à vrai dire. Il n’avait jamais rêvé d’une vie de grand seigneur. Celle d’un homme qui passe plus de temps à apprendre la bonne façon de tenir son verre plutôt qu’à profiter de son contenu. C’était une idée stupide ! La majorité des gens de ce monde perdent toute leur énergie à rêver de quelque chose qu’ils n’auront jamais. Ce n’était pas le cas du jeune homme. Tout ce dont il avait besoin, il l’avait déjà à portée de main. Et il le savait.
Il avait un toit sur la tête. Il avait à manger. Il avait du travail. Quand le soleil brûlant épuisait toutes ses forces, il pouvait trouver sans effort le sourire de Friea quand il promenait son regard sur elle. Les parents des filles se comportaient avec lui à moitié comme avec ami, à moitié comme avec un fils. Ils lui donnaient l’impression d’avoir toujours mérité sa place sur l’un des tabourets de la table du repas. S’il devait donner un nom à tout ça, Rucanne avait enfin trouvé une maison.
Et puis… il y avait Silène.

***
Un jour d’automne particulièrement froid, la mère des filles était tombée profondément malade. Sa peau, auparavant teintée d’un léger bronzage, avait tourné à la pâleur extrême. Sur son cou, des plaques rouges avaient même commencé à apparaître. Quant à son visage, même si elle essayait de cacher son mal-être par des éclats de rires forcés, ils étaient en permanence accompagnés d’une quinte de toux. Personne ne l’ignorait. Elle risquait de mourir.
Et c’est dans ces tristes circonstances que Rucanne s’était vu envoyé, pour la première fois depuis son arrivé, au marché du Village. Avec Silène.
La dizaine de kilomètres qui les séparait du village fut longue, éprouvante et… silencieuse. Après des mois à avoir souhaité pouvoir passer un moment seul à seul avec elle, il se rendit compte bêtement qu’il ne savait pas quoi lui dire. Parler de sa mère ne ferait que la rendre plus malheureuse, et parler de frivolités le ferait passer pour un insensible. Non, il ne savait pas quoi dire. Alors il ne dit rien. Et ils firent la route ainsi, en silence.
Il ne lui fut pas difficile de se rendre compte qu’ils arrivaient au Village : La terre sous leur pas s’était vue remplacée petit à petit par des dalles de roche. Et c’était désormais encadrés de caravanes marchandes qu’ils avançaient jusqu’aux portes du village.
Le Village n’en méritait pas vraiment le nom d’ailleurs. Avec ses deux énormes portes en pierre et son enceinte extérieure, il aurait même pu être qualifié de ville fortifiée. C’est probablement sa forte proximité avec la capitale qui expliquait ce statut. Ses rues étaient remplies d’un énorme éventail de marchands en tout genre, vantant avec enthousiasme la qualité de leurs produits à qui donc voulait bien y croire.
Mais pour un nouveau venu, il était surtout très facile de faire de mauvaises rencontres. Afin d’être plus efficace, Rucanne avait proposé de se répartir des zones de recherches. Quelques heures après et sans la moindre forme de succès, le paysan se maudissait encore pour sa tentative visant à impressionner Silène. Non seulement il n’avait rien trouvé, mais il avait même trouvé le moyen de se perdre. Et le soleil commençait déjà à entamer sa longue descente.
Au fil de ses pas, le décor du centre-ville bondé avait disparu, remplacé par celui d’une longue et sinueuse ruelle. Si le vacarme du marché se faisait encore entendre au loin, pas un seul commerçant n’avait l’air d’avoir décidé de tenir un stand à l’écart. Par contre, trouver un médecin désirant travailler au calme semblait être une possibilité. Avec cette idée en tête, Rucanne continuait à avancer dans la ruelle isolée. La vérité, c’est qu’il n’avait plus vraiment de solution en stock.

« Qu’est-ce que vous faites, seul dans un endroit pareil, mon brave monsieur ? »

Il s’arrêta net. La voix venait de derrière lui. Il n’avait vu personne approcher, ni entendu le moindre son. Néanmoins, les mots qu’il avait entendus étaient bien réels. Et un long frisson courut dans son échine.

« Allons bon. Ne commence pas à lui faire peur, toi. »
« C’est vrai, après tout, ce n’est pas comme s’il risquait de faire… une mauvaise rencontre ? »


Deux personnes étaient en train de discuter dans son dos. Au bruit de leur échange, ils semblaient se rapprocher avec lenteur du jeune paysan. Des voleurs ? Peut-être même pire. Difficile de le savoir. Pour une réponse qui lui échappait, ils avaient l’air très confiants, ne cherchant pas vraiment à se hâter. Rucanne comprit.
Il était en danger.
Au moment où il sentit une main effleurer son épaule, ses jambes réagirent plus vite que sa tête. Il se mit à courir, courir comme jamais il n’avait couru. Et sans jamais se retourner.
La journée était quasiment terminée quand il réussit à atteindre son objectif. Devant l’entrée de la ville, elle attendait, accompagnée d’un petit homme aux vêtements de qualité. Un bon médecin, de toute évidence. La détresse qui se lisait sur son visage s’est un peu estompée quand son regard a croisé celui de Rucanne, mais le message était clair : Ils devaient vite se remettre en route.
Il avait retrouvé Silène.

***
Rucanne était allongé sur l’herbe.
Leur mère est morte quelques jours plus tard. Ni les plantes médicinales, ni les efforts du médecin, ni les larmes de Friea n’avaient suffi à lui épargner son triste sort. Son corps avait été recouvert par un léger voile blanc, au moment de la déposer dans le trou qui lui servira de demeure. Seul son visage demeurait encore visible avant que la terre ne commence à la recouvrir. D’ailleurs, il n’avait pas l’air d’être marqué par la douleur, ni par une quelconque émotion. Elle avait juste l’air… de se reposer.
C’était surprenant de voir à quel point la mort pouvait être une chose simple. On essaye de l’écarter de nous, de la fuir, on prie pour ne pas être le prochain concerné. Mais on n’y échappe pas. Jamais. Le vrai problème n’est pas là. Ce qui fait la différence, c’est notre capacité à l’accepter ou non.
Friea passait ses nuits à pleurer, les quelques semaines qui ont suivi. Le sourire qui illuminait son visage auparavant s’était estompé. Tout comme la chaleur dans la voix de son père. Ils étaient là, le regard terne, l’esprit ailleurs. Tout ça parce qu’ils n’avaient pas su apprécier le bonheur qu’ils avaient eu quand ils en avaient encore l’occasion. Rucanne avait déjà compris tout ça, lui. Il s’était préparé depuis longtemps. C’est probablement pour cette raison que son cœur ne souffrait pas. L’expérience, sûrement.
Il était allongé sur l’herbe, ses cheveux mi-longs recouvrant son front et couvrant son regard. Sa poitrine se soulevait avec légèreté au fil de ses respirations. Un flocon s’était posé avec douceur sur son visage, lui chatouillant le nez. L’hiver était enfin arrivé.
Et dans le creux de ses bras, une fille pleurait. Elle s’appelait Silène.

***
Tous les paysans des alentours avaient fait le déplacement pour fêter le changement d’année en ville. Le Village s’était illuminé de mille lumières. L’ambiance était méconnaissable : Çà et là, les gens dansaient, buvaient et riaient ensemble. Le temps d’une nuit, il n’y avait plus de voleurs, plus de marchands, plus de paysans. Juste une bande fêtards un peu trop joyeux.
Friea était resplendissante. Virevoltant dans la foule, elle s’amusait à échanger quelques pas de danse avec tous les hommes qui s’étaient improvisés gentlemen le temps d’un soir. Bien sûr, son père la surveillait de loin, attentif. Mais, pris lui aussi dans l’énergie de la soirée, l’inquiétude avait même disparu de son regard. D’ailleurs, bien qu’il ne l’ait pas remarqué, il avait réussi à taper dans l’œil d’une paysanne assez bien entretenue pour son âge.
C’était une bonne soirée.
Rucanne et Silène s’étaient éclipsés après quelques heures à s’amuser avec la foule. Leurs pas les avait amenés jusqu’à des rues moins bondées, voire vide. Mais le calme de ce genre d’endroit avait un aspect relaxant, après une nuit pareille. Et puis, avec la lumière de la lune comme principale source de lumière, l’ambiance avait un certain côté romantique qui ne déplaisait pas au jeune homme.
C’est Silène qui a pris la première l’initiative de s’asseoir sur un petit muret. Elle avait pris la robe de sa mère, celle que son père lui avait offerte pour son mariage. Elle était encore assez blanche, n’ayant que peu servi. Pour une paysanne, c’était un sacré luxe. Mais surtout, elle lui allait à ravir…
Elle était parfaite. Il en avait la certitude. Quand sa main caressa le visage de la jeune femme, il sut qu’il ne chérirait rien d’autre dans sa vie de plus fort qu’elle. Avec lenteur, il s’avança pour lui déposer un baiser léger.

« Mais qui voilà ? Ne serait-ce pas… »
« Le petit homme de la dernière fois ? »


Rucanne s’arrêta directement. Le temps semblait comme s’arrêter autour de lui. Les voix qu’ils venaient d’entendre, elles n’avaient rien d’humaines. Elles avaient un côté effrayant, elles étaient comme imprégnées d’un râle… sauvage. Et dangereux.
En se retournant, il se retrouva nez-à-nez avec deux créatures imposantes. Leurs muscles larges dégageaient une force probablement deux fois supérieure à la sienne. Leurs peaux étaient recouvertes d’une longue fourrure brune, semblable à celle d’un grand chien. Mais le plus impressionnant, c’était l’énorme gueule couverte de dents acérées qui surmontaient les épaules de ses deux monstres. Des loups-garous.
Rucanne n’était pas un peureux, non. Mais ses chances de survie, il le savait, étaient nulles. Ils étaient seuls avec les deux monstres, ils n’avaient aucune arme et le bruit de la foule couvrirait leurs cris. Il n’y avait rien qu’il pouvait faire.
Et pourtant, sans réfléchir, il s’est jeté sur les deux énormes bêtes.
Le reste est assez flou. Rucanne se rappelle avoir crié à Silène de courir. Il se rappelle d’avoir essayé de les agripper et d’avoir pris un violent coup au visage. Le rire inhumain des deux assaillants au moment où sa peau se faisait lacérer. La sensation froide au niveau de la poitrine. Le bruit des cloches au loin. Plusieurs fois.
Et puis plus rien.
Il avait sauvé Silène. Peut-être.

***
« Voilà donc le gaillard qu’on m’a refilé comme successeur ? Voilà qui promet…»

Une voix. Grave et profonde. Quelqu’un parlait à Rucanne. Difficile de savoir qui. C’est comme si sa vision et tous ses sens s’étaient engourdis. Tout ce qui se passait autour de lui, le souffle du vent, les bruits de la fête, tout était devenu.. extrêmement lent. Mis à part le son clair de la voix de son interlocuteur.
Il n’avait jamais entendu une pareille voix. Elle semblait à la fois triste et grave, mais aussi terriblement moqueuse avec son timbre chantant. Elle semblait être teintée d’une infinité de couleurs et d’émotions.
Rucanne ouvrit les yeux. Et il se souvint.
Devant lui, un de ses deux agresseurs se délectait avec avidité de viande rouge sanguinolante. Son compagnon était déjà sur ses pattes, un filet écarlate courant sur la commissure de son sourire carnassier. Silène était déjà en train de courir, mais ils semblaient tous avancer dans un mouvement harmonieux et doux. Et d’une infinie lenteur.
Et sous ses yeux, une forme mi-humaine, mi-squelettique. Avec la longue tenue à capuche qui lui couvrait dos et visage, il était dur de l’identifier parfaitement. Mais Rucanne le savait.
L’Ankou lui faisait face.

« Si je suis là devant toi, tu sais ce que ça signifie, n’est-ce pas ? »

C’était bien lui qui lui avait adressé la parole. Il n’y avait pas beaucoup de solutions possibles, à dire vrai. C’était juste… terriblement dur à accepter. Rucanne était mort. Il le savait pourtant, il savait que ça pouvait lui arriver à n’importe quel moment. Il avait vu ses parents passer par là. La mère de Friea et Silène. Et tant d’autres personnes. Plus que quiconque, il se pensait préparé à ça.
Alors pourquoi avait-il ce goût si amer dans la bouche ?

« Je suis mort, n’est-ce pas ? »

L’Ankou prit un petit moment avant de répondre :

« Oui. »
« Alors… c’est fini pour moi ? »

C’était encore plus dur de l’entendre dire. Pourtant, le paysan avait toujours été persuadé qu’il pourrait partir à tout moment. Que ce n’était pas grave en soi, parce qu’il ne perdrait rien ni ne laisserait rien derrière lui. Sa mort ne changerait rien à ce monde après tout.
Pourtant… Ces mots sonnaient creux dans sa bouche, maintenant.
Il s’en est rendu compte. Il n’arrivait pas à l’accepter, parce qu’il avait trouvé à nouveau le coeur de s’attacher à quelqu’un. D’espérer, de rêver, de donner sans compter pour ceux qu’il aime. Il… il aurait voulu que les choses ne changent jamais. Qu’il puisse rester avec la famille des paysans, à s’amuser en travaillant, à y mettre toutes ses forces et à s’écrouler de fatigue le soir venu au moment de manger. Le tout sous le sourire timide de Silène.
Il aurait voulu lui dire à quel point il l’aimait.
Des regrets.

« Non. »

Ces mots résonnaient dans la fraîche atmosphère de la ruelle.

« Tu es le dernier mort de l'ancienne année. Et comme le veut la règle, c’est à toi que revient la responsabilité de me remplacer. Rucanne. Tu vas devenir l’Ankou. Avec tout ce que cela implique. Néanmoins, avant de disparaître, il faut que tu saches que tu n’as pas le droit d’utiliser les pouvoirs qui te seront confiés pour tuer. »

Le jeune mort a levé la tête vers son interlocuteur, sans comprendre ce qui lui arrivait, mais il était toujours incapable de croiser le regard de ce dernier.

« Mais je serais un bien mauvais mentor si je partais comme ça sans te partager le moindre enseignement ... »

La neige tombait, dans un ballet léger, tout autour de son corps. Silène et les deux loups-garous avaient déjà quitté la ruelle depuis longtemps. Ils étaient seuls désormais.

« Toi et moi ne sommes que des hommes à la base. Je ne saurais te dire si c’est le hasard ou le destin qui nous a mené là. Mais sache que rien ne pèse plus lourd pour un coeur que le poids des choses inachevées que nous avons laissées derrière nous. Alors si je peux te donner un dernier conseil…»

Rucanne crut apercevoir un sourire sur les lèvres à peine visibles de l’Ankou.

« Cours, petit. Tant que tu le peux encore. »

Et l’Ankou disparut. Il ne restait à l’endroit où il se trouvait quelques instants avant plus qu’un corps déchiqueté. Et les empreintes de pas de Silène.

***
Silène courait. Ses genoux rougis par sa dernière chute lui faisaient mal. Elle avait sa belle robe blanche déchirée. La magnifique robe que lui avait laissée sa mère. Elle avait vraiment envie de pleurer. Elle l’aurait probablement fait.
Mais elle n’en avait pas ce luxe. Les deux loups-garous avaient réussi à la rattraper. Ils étaient justes derrière elle, elle le savait. Elle devait aller plus vite, vite…
Elle a glissé. Encore. Comme une idiote. C’était vraiment une mort ridicule, après tout ça. Pendant que sa sœur devait être en train de parler à un beau fils de forgeron, tandis que son père la regarderait avec un regard à la fois fier et protecteur. Elle allait mourir. Et tout ce que Rucanne a pu faire n’aura servi à rien. C’était vraiment injuste.

Elle sentit le poids de la jambe d’un des deux loups-garous sur sa jambe. C’était fini. Elle allait mourir.
Un sifflement dans l’air, et le poids sur sa jambe disparut, après un espèce de jappement. Puis plusieurs autres. Et un énorme hurlement. Silène prit le temps de lever la tête, pour tomber nez à nez avec… des miliciens.
Le carreau de son arbalète sanglant dans la main, le chef du groupe regardait avec un air dégoûté la bête agonisante à ses pieds. Il nettoya son arme avec lenteur, avant de tenir la main à la jeune femme.

« Vous n’avez rien, mademoiselle ? »
« Oui, très bien. Mais comment avez-vous su que j’étais en train de me faire attaquer, monsieur ? Vous êtes bien nombreux pour une simple patrouille, non ? »
« C’est exact. »


Il prit le temps d’une inspiration, avant de dire.

« Je ne saurais vous dire comment, mais c’est comme si une puissante force nous avait fait venir ici. Peut-être que nous avons-nous aussi un peu trop fait la fête, ce soir… En tout cas mademoiselle, on peut dire que vous avez une sacré chance ! »

Silène ne sut pas quoi répondre. Le fait qu’elle soit en vie relevait effectivement du miracle. Pourtant, au fond d’elle-même, elle avait l’impression qu’elle passait à côté de quelque chose. C’était une sensation … étrange...

Elle sentit un contact sur son front. Léger comme la brise du vent.

Elle leva les yeux au ciel, mais il n’y avait rien. Personne. Rien de plus que la voie lactée, couverte de lumières plus brillantes les unes que les autres. Sa mère lui racontait souvent que les étoiles sont les âmes de ceux qui nous protègent et veillent sur nous, depuis le ciel. Que si on parvient à ne jamais les oublier, alors ils ne nous oublieront jamais.
Ce n’était rien de plus que légendes qu’on raconte aux enfants.

Une larme courut sur son visage rougi par le froid.

« Oui, vous avez sans doute raison monsieur. J’ai une sacrée chance ... » chuchota Silène.


Et toi cher lecteur, penses-tu vraiment que tout ceci n’est que légende ?

Un grand merci à Gerik pour avoir imaginé le personnage de l'Ankou du début à la fin...